Les cafés sont tellement indispensables à ma vie qu'une partie de mon budget mensuel y est consacré. Essentiels à ma journée, je ne sors de chez moi que pour m'y rendre, les activités logistiques comme les courses ou les démarches administratives ne se font qu'en prolongement de cette sortie.
Je pourrais habiter dans 15 mètres carrés bien aménagés et isolés correctement sur le plan phonique du moment qu'il y a dans un rayon d'un kilomètre un endroit où je peux aller travailler plusieurs heures tous les jours, dimanche inclus.
À un moment j'ai pensé louer un espace de co-working pour un budget mensuel moindre et avec boissons chaudes à volonté. Mais les espaces de co-working me font trop penser à des open spaces. C'est déprimant, la lumière y est nulle et il y a d'autres gens qu'on finit par cotoyer comme au boulot. Et la plupart du temps ces lieux sont situés dans des endroits où il n'y a rien à voir et en dehors des centre-villes. Or je tiens à être en centre-ville.
Pour moi un café doit avoir une baie vitrée qui permette de me perdre dans la contemplation de la réalité qui se joue de l'autre côté.
J'ai toujours mon casque audio sur la tête. Pour si certain.e.s personnes c'est bizarre, même si le port du casque s'est normalisé dans l'espace public depuis quelques années.
Pour moi la Décroissance n'est pas un projet politique pour un monde plus durable - ce que je déteste ce langage techno managérial... - c'est une pratique quotidienne depuis que j'ai eu 30 ans. L'âge auquel j'ai décidé de prendre ma retraite de l'emploi selon le Capitalisme. L'emploi contraint sous chantage permanent à la vie.
Sans moyens et sans économies. C'était ça ou la lente descente vers la neurasthénie avec le suicide à la clef.
Dans ma vie, il n'y a pas de vacances, pas de loisirs, pas de jours fériés, ni de moments de repos. Il y a le travail, rien que le travail. Pas le travail de 8 heures à 19 heures pour une entreprise dont l'utilité sociale reste à démontrer, non, un travail choisi, sans salaire, un travail fait de ma propre volonté, une production gratuite au sens désintéressé du terme.
Il y a cette expression que je déteste plus que tout: "tout travail mérité salaire." Ça normalise l'idée qu'aucun acte ne peut être gratuit et surtout ça implique en retour que tout salaire mérite travail. Comme si le travail selon le capitaliste était la seule activité humaine possible, comme si rien d'autre n'était possible.
Il faut absolument décoréler travail et salaire.
Le salaire est perçu comme un mérite alors que c'est un droit. C'est ce qui permet à l'individu de s'émanciper, de ne pas être dépendant d'un tiers et donc d'avoir un rapport aux autres d'égal à égal.
Le salaire n'a rien à voir avec le travail. Les travailleurs produisent de la richesse. Ce n'est pas le patron qui produit ce salaire ce sont les travailleurs. Vous enlevez les patrons nous produisons toujours de la richesse.
Les patrons ne servent à rien. Ils reçoivent des capitaux en héritage sous forme numéraires, immobilières, et équipements divers; les outils de production.
Pour cette raison et parce que les politiques ne remettent pas cette organisation en cause alors on doit passer par le patronat pour développer une activité, selon leurs propres termes. Mais on pourrait tout à fait se passer de patrons et apporter capitaux, bâtiments et outils autrement. En mettant en commun une partie de la richesse que nous produisons pour la réallouer à des projets utiles au collectif. Sous la forme de coopératives. On pourrait ainsi produire ce dont le collectif a besoin et supprimer la publicité qui sert à nous vendre des besoins fabriqués ne répondant à aucune demande.
Si on veut réellement réaliser le slogan au fronton de nos édifices publics on va devoir mettre en place une société où les citoyens reçoivent un salaire à la qualification personnelles à vie.
Ce n'est pas une utopie, ça a été théorisée par Bernard Friot. Si cette société n'advient pas c'est parce qu'elle remet en cause les privilèges de ceux qui dominent dans notre société.
Salaire à la qualification personnelle
J'ai fait en sorte que tout mon temps m'appartienne. C'est la seule chose que j'ai jamais réellement désiré durant toute la première partie de ma vie. Mon temps en entier, dont je décide quoi faire, par moi, pour moi. Ce qui inclue éventuellement ne rien en faire. Sans éprouver la moindre culpabilité.
Spoiler: Quand on ne fait rien on est quand même en train de faire. Cette manie que nous avons de toujours être en train de faire quelque chose est en fait le moyen de cacher la profonde vacuité de nos vies en système capitaliste.
Disposer de tout son temps permet de disposer de toute sa vie. Le temps n'est pas de l'argent, c'est la vie toute entière, la seule que nous ayons.
Quand le Capitalisme organise le temps de travail, il organise tous les aspects de la vie; le repos, les loisirs, quand avoir des enfants, quand manger, quand aller aux toilettes et combien de temps, et quand faire des choses pour soi. Et cette organisation tend de plus en plus vers l'esclavage. Il y a déjà tout un pan du travail contraint qui est retourné au travail à la tâche. Ce n'est pas un progrès. Le travail à la tâche c'est l'exploitation pure et la précarité qui empêche les individus de se réaliser.
Le capitalisme décide ce qui a de la valeur et n'en a pas. Tous ce qui ne valorise pas un capital entre dans la sphère péjorative de l'amateurisme.
Tous les aspects de la vie, même les rêves, les désirs, les gens avec lesquels nous allons avoir des relations interpersonnelles, les rapports de dominations entre les individus, des hommes envers les enfants, les femmes et les autres êtres vivants non-humains. Tout est une émanation du capitalisme qui organise l'intégralité de la société dans laquelle nous vivons. Tout est fondé sur la propriété.
Il faudrait que plus de gens prennent conscience que c'est un problème existentiel et que la société de violences sociales dans laquelle nous vivons est le résultat de cette organisation. Une organisation comme le capitalisme est un choix politique et culturel non un fait de la nature.
Il est donc tout à fait possible d'organiser la production autrement et d'aboutir à une société plus juste, sans pauvreté et très peu de délinquance. Sans flics ni prisons. Il n'y a que les bourgeois pour s'inquiéter d'un monde sans flic ni prisons. Ces gens vivent déjà à part perdus dans leurs paniques morales, croyants que le reste du monde jalouse leur mode de vie, se sentant comme une citadelle assiègée. Ils sont les maîtres du monde mais créent leur propres peurs.
Je n'ai pas de crédits à rembourser, pas de véhicule ni les dépenses associées, pas d'enfants ni de parents, ni de compagnons à fourrure, écailles ou plumes, mes dépenses se résument à de simples besoins personnelles limités.
Manger pour l'essentiel. Et je mange peu. Par comparaison à ce que je peux observer autour de moi en tous cas. Pour moi manger est une fonction, pas un plaisir. Ça ne veut pas dire que je mange sans plaisir. Mais je ne me fais pas une joie de manger, je n'attends pas l'occasions en ayant l'eau à la bouche. Je ne fais jamais d'excés alimentaires. J'ai vécu les repas de fêtes de fin d'année et d'anniversaire enfant, je n'ai jamais eu envie de reproduire cela une fois adulte.
Pour moi faire la cuisine se résume à prendre des légumes, les éplucher, les mettre dans un cuit-vapeur, mettre une alarme, faire autre chose de plus intéressant en attendant, retirer les légumes cuits du feu quand ça sonne et les manger avec un filet d'huile ou de colza, un peu de tamari et une cuillère de mayonnaise, le tout accompagnés de quelques oeufs fris ou du tofu. Et ça pratiquement à tous les repas. Sans aucune lassitude.
Les légumes varient tout le temps en couleurs, en goûts, selon les saisons et leur disponibilité en magasins, ils ont plein de textures différente aussi. Il y a des tubercules et des feuilles. On peut les cuire à l'eau, les frire, à la vapeur, en faire des potées et des soupes.
Je ne mange pas de viande chez moi. Je n'y bois pas de café non plus, ni d'alcool. Pour ça je sors. Je bois du café dans les cafés et quelques fois de l'alcool léger. Mais c'est très rare. Cette année le plus fort que j'ai bu c'est du cidre brut. Les seules viandes qui passent encore sont le poisson et le poulet. Et en petites quantités dans des sandwichs préparés et mélangés à d'autres aliments. Les pavés de rumsteak ce n'est pas pour moi.
Les cafés - le lieu - font partie de mon temps de vie. Ils ne correspondent pas à des lieux de loisirs, je n'y vais pratiquement jamais pour me détendre avec un autre être humain. Ça peut être un lieu de discussion et d'échange mais jamais en rapport avec la détente socialisatrice liée aux alcools des groupes qui sortent ensemble.
Je suis une personne autiste, je vous l'ai déjà dit?
Ça veut dire que je n'ai pas de vie sociale, que je ne recherche pas le contact avec autrui, que je n'en n'ai pas besoin non plus. Et pour tout dire je déteste les sorties en groupe. J'en sors toujours épuisé.
Ces lieux je les fréquente de façon fidèle. Des fois plusieurs années de suite jusqu'à ce que quelque chose se produise qui me déplaît et que je passe à un autre endroit.
J'aime un lieu pour le professionalisme de son service. Je suis attaché à la constance. Je ne déteste rien moins que les endroits où la qualité du service dépend de qui est présent ce jour-là ou de la météo.
Dans certains lieux on vous fait sentir l'on ne fait pas partie des habitués.
Je n'ai pas besoin d'être reconnu, par contre j'attache une grande importance au respect de base; salutation, remerciement, la courtoisie minimum nécessaire à toute vie dans un collectif. J'aime qu'une personne soit aimable et professionnelle - qu'elle connaisse son métier et qu'elle le fasse bien -, par contre je ne demande pas à ce qu'on me sourit. Le sourire dans un travail est quelque chose qui n'a rien à y faire, c'est une lubie de mauvais manager et une contrainte supplémentaire pour les employés. Faire correctement son travail en étant attentif aux autres est bien plus important que sourire bêtement en étant parfaitement incompétent.e.
Un bon café est un endroit où le personnel est professionel.
Je n'aime pas les bars, ces endroits heureusement en voie de disparition où des piliers avinés cassent les couilles à tout le monde en créant un sentiment d'insécurité en débitant les conneries entendues à la radio et vues sur la TNT réactionnaires. Des endroits où des écrans diffusent de l'information en continu sans le son. C'est insupportable.
Je n'aime pas non plus les usines-débit-de-boissons sans âme où le personnel vous voient comme une ressource et non comme une personne.
Les cafés me permettent de me perdre dans mon univers intérieur. De dériver. De voir d'autres êtres humains sans devoir entrer en relation avec eux. Je peux ainsi avoir le sentiment de faire partie du groupe sans me retrouver dans des situations qui provoquent des sentiments négatifs pour moi, comme la frustration, l'incompréhension, les malentendus, les enjeux induits par les jeux sociaux, que je ne comprends pas, comme les enjeux sexuels qui semblent être une préocupation centrale dans la vie des individu.e.s.
Les cafés m'ont permis d'être en paix avec mes semblables après une scolarité dont le harcèlement et les violences physiques et morales ont été de fortes composantes de mes 6 ans à mes 17 ans.
C'est dans les cafés que j'ai vu des Humains sous leur meilleur jour. C'est là que je les ai vu aimer, pleurer, rire, être bienveillants les uns avec les autres. Mais même les cafés peuvent aussi être des lieux où se reproduisent des situations de dominations car ce sont des lieux qui existent dans la société.
Longtemps ils ont été la chasse-gardée des hommes et de la bourgeoisie. Les femmes ne pouvaient y aller seules sans être mises dans la catégorie des prostituées. Quant aux pauvres il passaient leur vie accablés par un travail non réglementés, assomés, vivants dans des taudis insalubres, comme des animaux, mourant jeunes. Sortir pour socialiser et se détendre a longtemps fait partie d'un luxe hors de leur atteinte.
Et quand enfin les lois sur le travail ont fixé la journée à 8 heures avec des jours de repos obligatoires, les pauvres ont pu eux aussi aller aux cafés. C'est à partir de là qu'est né le repoussoir de l'ouvrier qui passe sa paye en boissons alcoolisée. Bizarrement la bourgeoisie elle n'a jamais, semble-t-til, passé ses revenus en boissons alcoolisées.
Ne jamais croire le discours médiatique officiel des media mainstream qui laissent entendre que nos droits seraient le fruit d'un consensus ou d'une forme de générosité de la bourgeoisie.
La réalité c'est que tous nos droits sont le résultat du combat, physique et syndicaliste contre les forces réactionnaires et leurs milices violentes, de la désobéissance civile, et du travail législatif de nos élus.
C'est le rapport de force qui a penché en notre faveur qui a arraché à la bourgeoisie toutes les lois sociales.
La réalité c'est que notre histoire populaire ne nous est pas enseignée à dessein et que nous nous complaisons dans la consommation de masse comme des animaux domestiques ayant leur pâtée tous les jours à heure fixe, avec comme fantasme le mode de vie bourgeois.
La réalité c'est que nous nous sommes dépolitisés et que nous croyons vivre dans un état de droits intangible. La réalité c'est que les dominants mènent une guerre aux classes sociales dominées - autrefois on aurait dit "à la classe ouvrière" - depuis 1789 avec la fin des privilèges de l'aristocratie et l'instauration d'autres privilèges à la classe qui l'a remplacé, la bourgeoisie. Cette guerre permanente, H24, consiste à enrichir une classe aussi parasite que l'aritocratie autrefois. Cette guerre consiste à nous prendre tout notre temps de vie pour le mettre au service de leur enrichissement personnel et de la libération de leur propre temps de vie à eux.
Ce ne sont pas ceux qui se lèvent tôt qui dominent le monde mais ceux qui font travailler les autres pour leur permettre de vivre plusieurs vies en une et ne jamais avoir à se lever ni à courber l'échine devant un patron de toute leur existence.
En ce qui me concerne, même si je dispose de tout mon temps de vie, je vis en-dessous du seuil de pauvreté.
Je n'ai personne pour m'enrichir en prenant une dîme sur la valeur que produit son travail.
La seule chose que je ne peux pas faire et qui me manque vraiment c'est voyager. J'ai eu la chance de le faire à un moment de ma vie. J'ai été plusieurs fois au Japon, en Suisse, en Angleterre, en Espagne, et en Belgique.
J'adore prendre l'avion. J'aime la poussée monstrueuse au décollage et la virée sur l'aile qui donne l'impression de tomber. J'aime les espaces liminaires comme les aéroports, je pourrais passer ma vie en zone de transit. J'adore voir les avions décoller. J'aime voir les traces laissées par leur passage dans un ciel bleu d'été. Les avions sont pour moi une source d'espoir, que le monde ne se résume pas à ce que voient mes yeux, qu'il y a un ailleurs avec des gens qui parlent une autre langue, ont une culture différente, des rêves que je n'ai pas, manient des concepts qui me sont étrangers, des corps différents du mien. Un ailleurs où il y a des choses à apprendre. Un ailleurs dont je ne fais pas partie.
Dans les cafés le casque audio rivé sur les oreilles avec mes sons et ma musique à fond dedans, les autres deviennent les images en mouvement d'un film dont j'ai écris la bande-son. Je vois leurs lèvres bouger, je décode leur langage non verbal, je vois les liens entre eux, je devine certains aspects de leur histoire personnelle, j'imagine comment ils sont quand personne ne les voit. Ça fait naître en moi des liaisons entre des choses auquelles je ne pense pas sinon. J'aime éprouver de la bienveillance pour autrui. Ça me fait énormément de bien. J'en ai besoin pour rester en vie. C'est la raison pour laquelle je ne suis jamais devenu cynique et fataliste vis-à-vis de l'espèce à laquelle j'appartiens.
Je ne pense jamais que l'espèce humaine mérite de disparaître du plan de l'existence car je fais une différence entre ceux - quelques centaines de milliers - qui pourrissent la vie de milliard d'être humains et de tout un éco-système et ces milliard d'être humains qui comme moi ne contrôlent que très peu de choses dans tous les aspects de leur existence en étant soumis par obligation aux premiers.
Non, les gens qui nous dominent nous ne les élisons pas et nous ne les méritons pas. Je ne mérite ni dictateurs ni génocidaires. Je ne mérite pas les fauteurs de guerres, les imbéciles de plateaux télé racistes et bêtes à manger du foin, les salops qui collaborent aux systèmes de dominations parce qu'ils en retirent un pouvoir pour combler leurs frustrations, les CEO d'entreprises transnationales nazis qui tendent des bras en mondio vision et se cachent ensuite derrière leur supposé et non prouvé autisme.
Les gens qui meurent en fuyant leur pays ne méritent pas d'être traités comme des animaux d'élevage intensifs, tués, violés, torturés, tabassés par des sadiques qui ont embrassé la carrière de flics pour pouvoir passer outre les lois en toute impunité, agonis d'injures dans les medias de Bolloré, ce pilleurs/corrupteur de l'Afrique. Je ne mérite pas Bolloré. Je ne mérite pas des dizaines de mes années de vie sous la tutelle de Chirac, Sarkozy et Macron. Je n'ai jamais voté pour ces gens même avec le chantage à l'extrême-droite.
Personne ne mérite de vivre dans un monde voulu par une poignée de dominants pour qui la guerre est une forme de sport comme la chasse.
Autrefois ils avaient les meilleures armures, ensuite au fur et à mesure que la guerre devenait de plus en plus technologique ils se sont éloignés du champ de bataille jusqu'à le voir par satelitte et drône interposés en temps réel comme un jeu vidéo.
Ces gens jouissent du pouvoir ultime, celui de donner la mort en toute impunité.
Les cafés sont les lieux où j'ai des idées que je mets en pratique dans mes émissions.
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